Exosquelettes agricoles: une aide pour le travail au quotidien

Exosquelettes agricoles: une aide pour le travail au quotidien

Source: Agri Hebdo, «Une aide pour le travail au quotidien»

En Suisse, de plus en plus d’agricultrices et agriculteurs s’équipent d’exosquelettes pour soulager certaines tâches physiques. Ces dispositifs, conçus pour réduire la fatigue et accompagner les mouvements répétitifs, se veulent avant tout préventifs. Ils ne remplacent toutefois ni les bonnes pratiques ni une organisation du travail adaptée.

En 2024, un premier agriculteur faisait le choix de s’équiper d’un exosquelette de la firme suisse Auxivo. En 2026, plus de vingt professionnelles et professionnels du monde agricole ont adopté ces équipements.

L’exosquelette n’est pas un dispositif médical destiné à traiter les problèmes de dos. Il vise plutôt à réduire la fatigue et à apporter un soutien pendant certaines tâches. Selon les modèles, des élastiques ou des ressorts agissent comme une sorte de muscle artificiel supplémentaire. Ils se détendent ou se mettent sous tension selon les mouvements effectués et peuvent aussi contribuer à accompagner une meilleure posture.

«Celui qui porte un exosquelette va voir sa posture s’adapter progressivement et ses muscles vont travailler différemment», explique Olivier Barras, expert chez Auxivo.

Exosquelette actif ou passif: quelle différence?

Il existe deux grandes familles d’exosquelettes: les modèles actifs et les modèles passifs.

Les exosquelettes actifs disposent d’un ou plusieurs moteurs et d’une alimentation électrique. Ils apportent une assistance mécanique supplémentaire.

Les exosquelettes passifs, eux, fonctionnent notamment grâce à des ressorts ou des élastiques. Leur rôle est avant tout de soulager certaines parties du corps pendant l’effort. Auxivo propose uniquement cette deuxième catégorie.

«Notre but n’est pas de proposer un équipement pour que le travailleur en fasse davantage. Si un ouvrier doit porter de lourdes charges toute la journée, il ne lui faut pas un exosquelette mais un engin pour porter ces charges à sa place», explique Olivier Barras.

Le spécialiste rappelle que l’équipement ne rend ni plus fort, ni plus rapide et qu’il ne doit pas être utilisé pour effectuer une tâche qui serait considérée comme trop exigeante sans assistance.

«Un travail que l’on n’accomplirait pas sans l’exosquelette, on ne va pas le faire non plus parce qu’on en a un.»

Un outil de prévention complémentaire

Pour Thomas Croisier, collaborateur du Service de prévention des accidents dans l’agriculture (SPAA), l’utilisation d’un exosquelette ne doit pas remplacer les mesures de prévention habituelles.

Adaptation des tâches et des conditions de travail, gainage, étirements, exercices de physiothérapie ou encore activité sportive restent essentiels. L’exosquelette constitue une mesure supplémentaire.

«Ce n’est pas parce que nous avons mal au dos que nous avons besoin d’un tel équipement. Souvent, nous oublions l’essentiel, à savoir que notre corps a des besoins. Il faut le chauffer le matin et l’étirer en fin de journée, par exemple.»

Les deux spécialistes insistent ainsi sur l’aspect préventif de l’exosquelette. Avant de s’équiper, il est important d’analyser les causes susceptibles de provoquer des douleurs, qu’elles soient liées à l’environnement de travail, à l’organisation des tâches ou aux habitudes du quotidien.

Quels usages pour les exosquelettes en agriculture?

Auxivo a été fondée à Zurich en 2019. Les premiers prototypes étaient notamment destinés aux personnes chargées de la manutention des bagages, afin de soulager certaines contraintes physiques liées à leur activité.

L’entreprise propose aujourd’hui plusieurs modèles correspondant à différents types de mouvements et de tâches: travail penché vers l’avant, travail en hauteur, transport ou maintien de charges.

Si l’équipement est correctement entretenu, il peut être utilisé pendant plusieurs années. Certaines pièces d’usure peuvent également être remplacées. Les prix oscillent entre 1000 et 3000 francs selon le modèle.

Auxivo collabore avec le SPAA, qui assure la vente de ces équipements auprès des professionnelles et professionnels de l’agriculture. Pour Olivier Barras, cette collaboration permet aussi d’intégrer l’exosquelette dans une réflexion plus large sur la prévention des risques professionnels.

«Le SPAA pourra donner des conseils sur la ferme, ce que nous ne sommes pas vraiment aptes à faire. Il peut arriver que Thomas Croisier dise à l’exploiteur que ce n’est pas d’un exosquelette dont il a besoin mais plutôt de changer certains éléments sur le domaine.»

Des équipements adaptés aux conditions agricoles

Les conditions de travail dans l’agriculture imposent certaines contraintes particulières aux équipements.

Selon Thomas Croisier, les exosquelettes doivent être suffisamment robustes pour résister à l’humidité, à la saleté et aux différents environnements rencontrés dans les exploitations agricoles. Ils peuvent également être utilisés dans certaines situations impliquant un contact avec des produits phytosanitaires.

Les harnais et les élastiques peuvent notamment être lavés en machine, ce qui facilite leur entretien après une utilisation sur le terrain.

À Corjolens, l’exosquelette s’installe en maraîchage

À Corjolens, dans le canton de Fribourg, les journées de Vincent Rossier sont rythmées par les récoltes, les marchés hebdomadaires et la vente directe à la ferme. Des activités qui impliquent de nombreuses manutentions.

«Chaque article est porté environ six fois, ce qui fait au total près de deux tonnes par jour à manipuler par employé», estime le maraîcher.

Associé avec son père sur une surface de quatre hectares, Vincent Rossier cultive plus de 60 variétés de légumes. Cinq personnes travaillent toute l’année sur l’exploitation, auxquelles s’ajoutent deux personnes saisonnières.

Le responsable d’exploitation a découvert les exosquelettes à travers plusieurs articles, puis lors d’une formation organisée par le SPAA. La présence sur l’exploitation d’une personne souffrant de maux de dos a également renforcé sa réflexion.

L’équipe a finalement testé un modèle pendant une semaine. L’essai s’étant révélé concluant, l’exploitation a acheté un exosquelette LiftSuit de la marque Auxivo pour environ 1000 francs.

«Si on compare son coût à celui d’un employé en arrêt maladie, le calcul est vite fait», relève Vincent Rossier.

Récolter en sollicitant moins le dos

Sur l’exploitation, l’exosquelette est principalement utilisé pendant les récoltes.

«Quand on ramasse les légumes, il faut se déplacer tous les mètres», explique Vincent Rossier.

Il faut ainsi régulièrement se baisser, se relever, déplacer les caisses de récolte, puis recommencer. Vincent Rossier compare le fonctionnement de l’exosquelette à celui de l’Ovomaltine: il permet de «durer plus longtemps».

L’objectif n’est pas de remplacer le mouvement, mais d’en réduire la pénibilité en apportant un soutien pendant les tâches répétitives et en accompagnant la posture.

L’équipement ne supprime pas pour autant la fatigue en fin de journée. C’est surtout pendant l’effort que son soutien se fait ressentir.

«À la fin d’une tâche, on se rend compte que le dos tire déjà moins», conclut Vincent Rossier.