La biodiversité

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La biodiversité

Voici ce que fait l’agriculture suisse pour promouvoir la biodiversité

Prairies extensives, jachères florales, haies ou encore arbres fruitiers haute-tige: l’agriculture suisse met en place de nombreuses mesures pour préserver et favoriser la biodiversité. Des efforts qui portent leurs fruits, même si des défis subsistent, notamment en matière de qualité écologique et de mise en réseau des habitats.

La biodiversité est une notion qui recouvre la diversité des habitats, des espèces et des gènes. L’agriculture a des effets aussi bien positifs que négatifs sur la biodiversité. Elle en retire aussi un certain profit. En effet, pour faire face aux ravageurs, aux maladies, aux catastrophes naturelles et au changement climatique, ainsi que pour continuer à produire des denrées alimentaires, les familles paysannes sont tributaires d’une biodiversité importante.

L’agriculture contribue au maintien d’un paysage rural ouvert et de nombreux habitats pour la faune et la flore. Les différentes races d’animaux de rente qu’elle élève et les différentes variétés de plantes qu’elle cultive participent également à la diversité génétique. La biodiversité a toutefois souffert de l’intensification de l’agriculture au cours du XXe siècle, mais aussi des importants travaux de construction et de l’urbanisation dans tout le pays. Les champs se sont agrandis, certaines petites structures paysagères ont disparu, la diversité des variétés cultivées a diminué et la mécanisation a profondément transformé le travail agricole. Depuis, la prise en compte de la biodiversité et l’utilisation durable des ressources naturelles ont progressivement pris une place plus importante dans la politique agricole suisse.

Les surfaces de promotion de la biodiversité

En Suisse, une prise de conscience a eu lieu au fil du temps autour de l’idée que le rôle de l’agriculture ne se limite pas à la production de denrées alimentaires. Cette évolution s’est notamment traduite dans les réformes successives de la politique agricole. Aujourd’hui, les paiements directs que verse la Confédération permettent de rétribuer les familles paysannes pour leurs prestations non marchandes. Pour obtenir des fonds publics, une exploitation doit satisfaire à des conditions connues sous le nom de prestations écologiques requises.

Parmi ces prestations figure notamment un assolement régulier, une protection appropriée du sol et la mise à disposition de surfaces destinées à promouvoir la biodiversité (SPB). Les exploitations doivent consacrer au moins 7% de leur surface agricole utile à la promotion de la biodiversité. Cette proportion minimale est de 3,5% pour les cultures spéciales. Il peut s’agir de prairies extensives, de jachères florales, d’ourlets sur terres assolées, d’arbres haute-tige, de haies ou d’autres surfaces favorables à la faune et à la flore.

En 2024, la Suisse comptait près de 201 000 hectares de surfaces de promotion de la biodiversité, soit 19,9 % de la surface agricole utile, en tenant compte des arbres fruitiers haute-tige, des arbres isolés et des allées.

Évolution des surfaces de promotion de la biodiversité entre 2014 et 2024

Évolution des surfaces de promotion de la biodiversité entre 2014 et 2024
Évolution des contributions à la biodiversité de 2014 à 2024 (OFAG, 2025)

La superficie de ces surfaces ne constitue toutefois qu’une partie de l’enjeu. Leur qualité écologique et leur mise en réseau sont également déterminantes pour les espèces qu’elles accueillent.

Les derniers résultats du programme de monitoring ALL-EMA d’Agroscope, qui comparent les périodes 2015-2019 et 2020-2024, montrent que la biodiversité dans le paysage agricole suisse est restée globalement stable. Les surfaces de promotion de la biodiversité présentent en moyenne une diversité plus importante que les autres surfaces agricoles. Des évolutions positives ont également été observées dans certaines d’entre elles. Un potentiel d’amélioration subsiste néanmoins, notamment concernant la qualité écologique des habitats et leur mise en réseau, particulièrement dans les régions de plaine.

Différents programmes (production biologique, labels privés IP-Suisse et Demeter, etc.) prévoient des prestations encore plus importantes pour la biodiversité. Selon les programmes, les exploitations peuvent mettre en œuvre différentes mesures supplémentaires pour favoriser la biodiversité.

Les défis pour la biodiversité

La disparition des insectes inquiète aussi beaucoup l’agriculture. Le recul de la diversité des oiseaux, qui se nourrissent en grande partie d’insectes, est également préoccupant. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ces évolutions. Dans le paysage agricole, les apports excessifs d’azote, l’utilisation de produits phytosanitaires, l’intensification de certaines pratiques ou encore la disparition de petites structures paysagères peuvent exercer une pression sur la biodiversité.

Les pratiques agricoles et les moyens de protection des cultures ont cependant eux aussi évolué. Différentes mesures visent aujourd’hui à réduire les risques liés aux produits phytosanitaires et à favoriser des méthodes de protection plus ciblées. La préservation des insectes constitue également un enjeu pour la production agricole elle-même. L’agriculture dépend aussi des insectes de par leur rôle de pollinisateurs. Sans leur travail assidu, les rendements de nombreuses cultures seraient affectés. D’autres insectes jouent également le rôle d’auxiliaires et participent à la régulation naturelle de certains ravageurs.

Les activités de construction et l’expansion des surfaces bétonnées en Suisse nuisent aussi à la biodiversité. Sa préservation ne concerne donc pas uniquement l’agriculture, mais l’ensemble des milieux et des activités qui influencent les habitats naturels. L’agriculture y joue néanmoins un rôle important puisqu’elle exploite et entretient une grande partie du territoire. Elle est aussi directement tributaire d’une biodiversité fonctionnelle pour produire durablement des denrées alimentaires.

Quelques méthodes du secteur agricole pour encourager la biodiversité

Prairies extensives

La fauche des prairies extensives n’a pas lieu avant l’été, et ce à des instants clairement définis, pour permettre la propagation des plantes et la survie de la progéniture des animaux. Sur les prairies entretenues de manière extensive, pauvres en nutriments, peuvent se trouver 40 à 70 plantes rares et parfois menacées. Les graminées et les plantes à fleurs, comme le brome dressé, l’esparcette, la centaurée scabieuse, la petite pimprenelle, la sauge des prés ou les orchidées, en sont des exemples typiques. Ces prairies abritent une grande variété d’insectes et d’araignées, mais servent aussi d’habitat aux grenouilles, aux lézards et aux orvets. Les oiseaux nichant au sol, de même que les chevreuils, les lièvres et d’autres petits mammifères, s’en servent également.

Jachères florales

Les jachères florales sont des surfaces pluriannuelles, aménagées sur des terres assolées ou à la suite d’une culture pérenne et ensemencées d’herbacées sauvages indigènes. Les fleurs qui y poussent embellissent le paysage du printemps à l’automne. Ces jachères offrent nourriture et abri à de nombreux animaux. En automne, les jachères florales des vallées servent de sites d’hivernage ou de voies de déplacement pour nombre d’espèces. Toute l’année durant, elles abritent une multitude d’animaux, parmi lesquels figurent des auxiliaires, comme les syrphes, les coccinelles, les carabes ou les araignées.

Ourlets sur terres assolées et bandes culturales extensives

Les bandes culturales extensives sont des bandes aménagées dans les grandes cultures ou en bordure des champs et exploitées de manière extensive. Elles font partie de la culture principale et sont récoltées en même temps qu’elle. Les ourlets sur terres assolées sont quant à eux des bandes pluriannuelles semées de plantes sauvages indigènes. Aussi bien les bandes culturales extensives que les ourlets sur terres assolées offrent nourriture et abri à de nombreux animaux. Par ailleurs, leur forme linéaire en fait des éléments importants pour la mise en réseau des habitats naturels.

Haies

Les haies, les bosquets et les berges boisées structurent le paysage et, en tant que corridors ou biotopes-relais, facilitent la circulation des espèces. Les haies se composent de différents buissons indigènes à épines ou à fruits, de vieux arbres à cavités et de bois mort. Elles offrent nourriture et abri à de nombreux animaux. Elles sont aussi de grande importance pour l’agriculture, car elles protègent du vent, préviennent l’érosion et offrent de l’ombre aux animaux de pâture.

Arbres fruitiers haute-tige

Les vergers haute-tige embellissent le paysage en lui donnant une identité propre. Les grands vergers entrecoupés d’autres milieux semi-naturels des environs (autres vergers, haies, prairies extensives, etc.) ont une grande valeur écologique. Ils offrent des habitats variés aux animaux tels que les oiseaux, les chauves-souris et les insectes.

Autres mesures dans le cadre des programmes de labels (sélection):

  • Utilisation d’anciennes variétés de fruits, de légumes, de céréales et d’animaux de rente (ProSpecieRara)
  • Petites surfaces structurées dans les grandes cultures
  • Bandes d’une certaine largeur dans les cultures de céréales
  • Sous-semis ou cultures mélangées dans la culture du maïs et des céréales
  • Épandage d’engrais verts au lieu de laisser les terres agricoles en jachère
  • Utilisation de faucheuses, de tondeuses sans lames rotatives, renoncement au conditionnement (pour augmenter les chances de survie des insectes et des petits animaux)
  • Renoncement à l’ensilage (ne pas toucher au produit de la coupe pendant un certain temps permet aux insectes et aux petits animaux de se mettre à l’abri)
  • Ourlets herbeux le long des petits cours d’eau
  • Coupe échelonnée des prairies
  • Lisière de forêt stratifiée
  • Renoncement aux produits phytosanitaires

Sources et informations complémentaires:

Si vous souhaitez approfondir le sujet, vous trouverez tout ce qu’il faut savoir dans les Magazines ZOOM:

La biodiversité dans la pratique

Biodiversité: la contribution de l’agriculture