«Les pets des vaches sont responsables du changement climatique», voici des titres déjà parus qui interrogent. Le méthane produit par les vaches contribue-t-il au réchauffement climatique? Ce gaz à effet de serre provient notamment de la digestion des ruminants, mais aussi de l’exploitation des énergies fossiles et de la décomposition de matières organiques. Son impact sur le climat dépend de sa durée de vie dans l’atmosphère et de l’évolution des émissions. Alors, quelle est la responsabilité de l’élevage en Suisse, et comment réduire ses émissions?
Le méthane, c’est quoi?
Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre qui se forme notamment lors de la décomposition de matières organiques en l’absence d’oxygène. Il peut aussi provenir de processus géologiques. Sur une période de 100 ans, son pouvoir de réchauffement est environ 27 à 30 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2).
Contrairement au CO2, qui peut persister très longtemps dans le système climatique, le méthane possède une durée de vie atmosphérique d’environ 12 ans. Il se transforme progressivement, principalement en CO2 et en vapeur d’eau, sous l’effet de réactions chimiques. Cette durée de vie relativement courte ne signifie toutefois pas qu’il est sans conséquence pour le climat.
Le méthane constitue également le principal composant du gaz naturel. Ce combustible fossile sert notamment au chauffage, à la production d’électricité et à certaines activités industrielles.
D’où proviennent les émissions de méthane?
Les sources naturelles comprennent principalement les zones humides, comme les marais et les tourbières. Certains lacs, cours d’eau et processus géologiques émettent également du méthane. Les termites contribuent aussi à ces émissions naturelles.
Les activités humaines représentent quant à elles environ 60% des émissions mondiales de méthane. Elles comprennent notamment l’agriculture, l’exploitation des énergies fossiles et la gestion des déchets.
Selon le Global Methane Tracker 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’exploitation du pétrole, du gaz et du charbon représente environ 35% des émissions de méthane d’origine humaine. L’agriculture et la gestion des déchets constituent également des sources importantes. À l’échelle mondiale, les émissions de méthane continuent d’augmenter, malgré les efforts engagés pour les réduire.
L’extraction du pétrole, du charbon et du gaz naturel libère du méthane dans l’atmosphère. Les fuites peuvent survenir pendant la production, le traitement et le transport de ces ressources.
Les décharges constituent une autre source importante. Les déchets alimentaires et les autres matières organiques y fermentent en absence d’oxygène.
Le changement climatique peut également influencer les émissions naturelles. Le réchauffement des sols gelés en permanence, appelés pergélisols ou permafrost, risque notamment de favoriser la libération de gaz à effet de serre.
La production de méthane par les ruminants
Les ruminants (bovins, moutons, chèvres) produisent naturellement du méthane lorsqu’ils digèrent leur alimentation. Contrairement aux animaux monogastriques, comme les porcs, ils peuvent valoriser des végétaux riches en fibres, comme l’herbe et le foin.
Cette capacité repose sur leur système digestif particulier. Les ruminants possèdent un estomac composé de quatre compartiments, dont la panse, également appelée rumen. Des micro-organismes y décomposent les fibres végétales par fermentation. Ce processus produit notamment du méthane.
Contrairement à une idée reçue, les vaches rejettent principalement ce méthane par leurs rots, et non par leurs pets.
Les déjections animales peuvent également produire du méthane. C’est notamment le cas du lisier et du fumier lorsque des matières organiques se décomposent en absence d’oxygène. Les émissions dépendent alors des conditions de stockage et de gestion.

Le lisier et le fumier peuvent également en produire lorsque les matières organiques se décomposent en absence d’oxygène.
Le méthane des ruminants et le cycle du carbone
Le méthane émis par les ruminants fait partie du cycle du carbone. Grâce à la photosynthèse, les plantes absorbent du CO2 atmosphérique et stockent du carbone dans leurs tissus. Les animaux consomment ensuite ces végétaux. Une partie du carbone retourne dans l’atmosphère sous forme de méthane lors de la digestion.
Après une dizaine d’années, les réactions chimiques atmosphériques transforment progressivement ce méthane en CO2. Celui-ci peut ensuite être absorbé par les plantes. On parle ainsi de cycle court du carbone.
Ce fonctionnement diffère de celui des émissions issues des combustibles fossiles. L’exploitation du pétrole, du charbon et du gaz introduit dans l’atmosphère du carbone auparavant stocké dans le sous-sol depuis des millions d’années.
Toutefois, le caractère biologique du méthane ne rend pas l’élevage climatiquement neutre. Tant qu’il reste dans l’atmosphère, ce gaz contribue à l’effet de serre.
Lorsque les émissions de méthane restent stables sur une longue période, leur contribution au réchauffement supplémentaire tend à se stabiliser. À l’inverse, une augmentation des émissions accentue le réchauffement. Une diminution durable peut contribuer à réduire les températures par rapport à une situation où les émissions resteraient constantes.
L’évolution du cheptel joue donc un rôle important, mais elle ne suffit pas à déterminer l’ensemble du bilan climatique de l’élevage. Il faut aussi considérer l’alimentation des animaux, les engrais de ferme, les sols et les autres émissions liées à la production agricole.

Réduire les émissions de méthane par les ruminants
Plusieurs solutions permettent de réduire les émissions de méthane liées à l’élevage. Elles concernent notamment l’alimentation des animaux, la gestion des engrais de ferme et l’amélioration des pratiques agricoles. Ces démarches contribuent aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Valoriser les engrais de ferme
Par exemple, adapter les conditions de stockage du lisier et du fumier peut limiter certaines émissions. La température, la durée de stockage et la présence d’oxygène influencent notamment la fermentation des matières organiques.
Il est aussi possible de valoriser cet effet en mettant le fumier dans un méthanisateur qui produira du biogaz (du méthane également!) exploitable comme carburant, tout en utilisant ensuite ce qui reste pour fertiliser les champs.
La méthanisation permet aussi de produire de la chaleur ou de l’électricité. Son intérêt climatique dépend toutefois de la maîtrise des fuites de méthane et du fonctionnement de l’installation.
Selon les données présentées par Agroscope en 2025, les émissions agricoles de méthane en Suisse étaient environ 10% inférieures en 2022 à leur niveau de 1990. Les émissions par litre de lait ont également diminué de près d’un cinquième sur une trentaine d’années, notamment grâce aux gains d’efficacité de la production.
Adapter l’alimentation des animaux
On travaille également de plus en plus sur l’alimentation. Selon Agroscope (2025), l’ajout de graines de lin extrudées ou d’autres aliments riches en matières grasses peut réduire la production de méthane lors de la digestion. Toutefois, les quantités nécessaires pour obtenir un effet significatif peuvent entraîner des coûts supplémentaires.
Il existe également des suppléments et additifs spécifiques ou en cours de développement. Les recherches portent notamment sur le 3-nitrooxypropanol (3-NOP). Plusieurs essais ont démontré son efficacité pour réduire les émissions de méthane. Son utilisation présente néanmoins des limites, notamment dans les systèmes d’élevage fondés sur le pâturage.
Accompagner et financer la réduction des émissions
La réduction des émissions de méthane peut également bénéficier de soutiens financiers. En Suisse, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) peut délivrer des attestations pour les projets qui démontrent une réduction effective des émissions de gaz à effet de serre et respectent les exigences réglementaires.
D’autres initiatives, comme AgroImpact, accompagnent les exploitations agricoles dans leur transition climatique. Cette plateforme permet aux familles paysannes de réaliser un bilan carbone et de mettre en place des mesures pour réduire leurs émissions et favoriser le stockage du carbone dans les sols. Les exploitations participantes peuvent bénéficier de primes climatiques financées par des entreprises de la filière agroalimentaire.
Ces dispositifs contribuent à valoriser les efforts des familles paysannes pour réduire leur impact sur l’environnement.
Le méthane des ruminants s’inscrit dans un cycle naturel
Certes, l’élevage comprend son lot d’inconvénients climatiques à cause de la physiologie particulière de la rumination qui émet du méthane à fort effet réchauffant. Ce gaz naturel est donc régulièrement pointé du doigt comme facteur majeur de réchauffement.
Toutefois, l’évolution de cet effet dépend des émissions dans le temps. Un cheptel stable peut maintenir un effet réchauffant relativement constant. Une réduction durable des émissions peut, quant à elle, contribuer à limiter le réchauffement.
Le méthane des ruminants appartient au cycle court du carbone. Il se distingue du méthane fossile par l’origine du carbone qu’il contient. Cependant, les deux types de méthane exercent le même effet de serre dans l’atmosphère.
À l’échelle mondiale, la hausse du méthane atmosphérique résulte de plusieurs facteurs. L’agriculture, les énergies fossiles, les déchets et les variations des émissions naturelles y contribuent. Il serait donc inexact d’attribuer cette augmentation uniquement à l’élevage ou à l’exploitation des combustibles fossiles.
Pour l’agriculture suisse, l’enjeu consiste à poursuivre les efforts de réduction des émissions. Les solutions doivent tenir compte de la production alimentaire, du bien-être animal et des caractéristiques des exploitations.