L’élevage occupe une place importante dans l’agriculture suisse. Au-delà de la production de lait, de viande et d’œufs, il contribue à la fertilité des sols, à la valorisation des herbages et à l’entretien des paysages. Mais comment fonctionne ce cycle entre cultures, animaux et ressources naturelles? Et à quelles conditions peut-il être durable? Explications.
Souvent critiqué pour son impact environnemental, l’élevage joue pourtant plusieurs rôles complémentaires dans le système agricole suisse. Il permet non seulement la production alimentaire (lait, fromage, viande, œufs), mais contribue également à la fertilisation des cultures, à l’entretien des paysages et à la préservation de certains milieux naturels.
Cette complémentarité repose notamment sur les liens entre productions végétales et animales. Dans les exploitations qui associent cultures et élevage, les surfaces agricoles fournissent une partie de l’alimentation des animaux. En retour, les engrais de ferme contribuent à nourrir les sols et les cultures.
La rotation des cultures, les prairies temporaires et la production de fourrages participent à ce fonctionnement. Ces pratiques peuvent améliorer la fertilité des sols, diversifier les cultures et limiter certains besoins en ressources extérieures.
L’ensemble forme un cycle dans lequel les productions végétales et animales se complètent. Un cercle vertueux, à condition de gérer durablement les ressources et les impacts environnementaux.
Le cercle vertueux cultures-bétail-fumier-cultures

Le cycle de l’élevage en Suisse peut se résumer ainsi: les animaux consomment de l’herbe, des céréales ou des plantes riches en protéines. Ils produisent du lait, de la viande ou des œufs, mais aussi du fumier et du lisier. Ces engrais de ferme retournent ensuite aux prairies et aux cultures pour leur apporter des éléments nutritifs.
Les végétaux utilisent ces nutriments pour se développer et fournir à leur tour des aliments aux animaux. Le cycle peut alors recommencer.
Des herbages essentiels à l’élevage suisse
La Suisse étant un pays d’herbages, grâce notamment à son relief et à ses conditions climatiques, une grande partie de ses surfaces agricoles se prête particulièrement bien à la production d’herbe. En 2025, les prairies naturelles et les pâturages représentaient 58% de la surface agricole utile suisse.
Les ruminants, comme les bovins, les ovins et les caprins, possèdent une particularité: leur système digestif leur permet de valoriser l’herbe et d’autres végétaux riches en fibres. Ils transforment ainsi des ressources que l’être humain ne peut pas consommer directement en denrées alimentaires.
La fertilisation des prairies par les déjections animales contribue à restituer des éléments nutritifs au sol. Une gestion adaptée des herbages peut également favoriser le maintien de la matière organique et du carbone dans les sols. Ces bénéfices dépendent toutefois des pratiques agricoles, des caractéristiques du terrain et de l’intensité de la fertilisation.
La rotation des cultures permet quant à elle de faire se succéder différentes productions sur une même parcelle.
L’intégration de prairies temporaires dans cette rotation contribue notamment à améliorer la structure du sol, à limiter certaines mauvaises herbes et à produire du fourrage. La durée et la fréquence de ces phases herbagères varient selon les exploitations et les systèmes de culture.
Le fumier et le lisier, des ressources pour les sols

Le fumier et le lisier indigènes représentent le gros des engrais utilisés en Suisse et réduisent d’autant notre dépendance aux importations d’engrais. Le «retour à la terre» du fumier et du lisier est un élément fondamental du cycle des cultures et un garant de la fertilité durable des sols. Les éleveuses et éleveurs peuvent même s’équiper d’un fermenteur, qui permet de générer du biogaz (gaz naturel) à partir du fumier et du lisier. Les restes (le digestat) sont ensuite utilisés normalement comme engrais.
Valoriser les sous-produits: petit-lait et autres
Le cercle vertueux entre cultures, animaux et engrais de ferme est renforcé par la valorisation des sous-produits issus de l’industrie agroalimentaire.
Au lieu de devoir les brûler ou les composter comme des déchets, certains de ces résidus deviennent des ressources pour l’alimentation animale. Cette valorisation permet de réduire le gaspillage et de tirer davantage parti des matières premières agricoles.
Le petit-lait, une ressource pour l’alimentation animale

L’exemple le plus parlant est celui du petit-lait, également appelé lactosérum. Ce liquide reste après la coagulation du lait lors de la fabrication du fromage. Il contient notamment du lactose, des protéines et des minéraux comme le calcium.
Une partie du petit-lait est valorisée dans l’alimentation humaine, notamment à travers des boissons comme le Rivella, des produits à base de lactosérum ou certains ingrédients alimentaires. Il peut également être utilisé dans l’alimentation animale, particulièrement celle des porcs.
Cette complémentarité entre production fromagère et élevage porcin permet de valoriser une ressource issue de la transformation du lait.
D’autres sous-produits valorisés par l’élevage
D’autres sous-produits alimentaires peuvent aussi servir à nourrir les animaux: la mélasse et les pulpes provenant de la fabrication du sucre, les tourteaux issus de l’extraction des huiles végétales, le son de blé ou encore certains résidus de pressage des fruits.
Une partie de ces matières ne convient pas directement à l’alimentation humaine. Elles peuvent toutefois apporter de l’énergie, des fibres ou des protéines aux animaux, selon leurs besoins nutritionnels.
Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse autorise également, sous des conditions sanitaires strictes, certaines protéines animales transformées dans l’alimentation des porcs et des volailles. Les protéines issues de porcs peuvent notamment nourrir les volailles, et inversement. Les protéines d’insectes sont également admises pour ces deux catégories d’animaux.
Cette réglementation interdit toujours l’utilisation de protéines animales transformées dans l’alimentation des ruminants. Elle impose également une séparation des filières afin d’éviter les contaminations et l’alimentation d’une espèce avec des protéines provenant de cette même espèce.
Ces possibilités contribuent à valoriser certains sous-produits de la transformation de la viande. D’autres servent à fabriquer des aliments pour animaux de compagnie, comme les croquettes.
L’élevage participe ainsi à une forme d’économie circulaire, dans laquelle des matières qui ne sont pas directement destinées à la consommation humaine trouvent une nouvelle utilisation.
Les paysages ouverts, le tourisme et l’agriculture de montagne

Le bétail est également un acteur important de la sauvegarde de la biodiversité particulière et menacée des prairies et des haies. Sa présence sur les prairies fait que celles-ci sont régulièrement tondues et fertilisées, ne s’embroussaillent pas et restent donc des herbages. Prairies, pâturages et alpages forment une part importante des paysages typiques de la Suisse, notamment en montagne. Ce sont également des surfaces indispensables pour les sports de neige puisqu’elles sont skiables en hiver et constituent l’un des piliers du tourisme d’altitude. L’agriculture de montagne, outre l’effet paysager, est centrale dans la vie culturelle, économique et touristique locale, par exemple avec les spécialités fromagères et charcutières et les traditions qui les accompagnent.
Dans les régions où le relief et le climat limitent les possibilités de cultures, l’élevage permet de maintenir une activité agricole et de valoriser les surfaces herbagères. Sans entretien, certaines de ces surfaces pourraient progressivement être colonisées par des buissons et des arbres.
Ces espaces ouverts contribuent également à l’attractivité touristique des régions de montagne. Ils participent aux paysages appréciés pour la randonnée, les activités de plein air et, dans certains secteurs, les sports d’hiver.
L’agriculture de montagne joue enfin un rôle culturel et économique. Les spécialités fromagères et charcutières, les traditions alpestres et les savoir-faire liés à l’élevage contribuent à l’identité des régions et à leur activité économique.
L’élevage, un maillon de l’agriculture suisse
En Suisse, l’élevage ne se limite pas à la production de denrées alimentaires. Il contribue aussi à valoriser les herbages, à recycler des sous-produits, à fournir des engrais organiques et à entretenir des paysages agricoles.
Ces différentes fonctions illustrent les complémentarités possibles entre cultures et productions animales. Elles sont particulièrement importantes dans un pays où les prairies et les pâturages occupent une grande partie des surfaces agricoles.
Le cercle vertueux de l’élevage suisse repose toutefois sur un équilibre. Pour fonctionner durablement, il doit associer une utilisation efficace des ressources, une gestion adaptée des animaux et des sols, ainsi qu’une réduction continue des impacts environnementaux.
C’est dans cette complémentarité entre production alimentaire, préservation des ressources et entretien du territoire que l’élevage peut continuer à jouer un rôle dans l’agriculture suisse.
En découvrir plus:
- Les articles de notre blog liés à l’élevage
- Notre page thématique sur les fourrages
- Notre page thématique sur les engrais
- OFAG: L’agriculture suisse poursuit sa mutation en 2025
- OSAV: Protéines animales transformées: le Conseil fédéral adapte la réglementation en continuant à garantir un haut niveau de sécurité
- Agroscope: Faits et chiffres sur le méthane et le protoxyde d’azote, deux gaz à effet de serre
- Swissmilk: Le petit-lait suisse