Le climat

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Le climat

Avec le climat, pour le meilleur comme pour le pire

Les familles paysannes travaillent dans et avec la nature. Aussi sont-elles particulièrement conscientes du changement climatique. Au cours de ces dernières années, celui-ci s’est manifesté notamment par des étés très chauds, des périodes de sécheresse et des précipitations intenses. Ces phénomènes influencent directement les cultures, les pâturages et l’élevage. Parallèlement, l’agriculture contribue elle aussi aux émissions de gaz à effet de serre. Elle doit donc relever un double défi: s’adapter au changement climatique tout en réduisant son propre impact sur le climat.

Les répercussions négatives l’emportent sur le long terme

Le secteur agricole suisse pourra profiter en partie du changement climatique. La hausse des températures et le prolongement des périodes de végétation peuvent favoriser le développement de certaines cultures, comme le soja, les patates douces ou le riz. Néanmoins, les effets négatifs devraient l’emporter de manière générale.

À titre d’exemple, le besoin en irrigation des fruits et des légumes, mais aussi des pommes de terre, des betteraves sucrières et d’autres cultures, devrait augmenter. De plus, le radoucissement des hivers pourrait perturber le développement de certaines céréales d’automne, qui ont besoin de périodes de froid suffisamment longues. Les températures plus élevées peuvent également favoriser le développement de certains insectes ravageurs.

La sécheresse fragilise les exploitations

L’été 2026 a particulièrement illustré les difficultés liées à la sécheresse. Le manque de précipitations a freiné la croissance de l’herbe et compliqué la production de fourrage dans plusieurs régions suisses. Sur certains alpages, le manque d’eau et de pâturages a contraint les familles paysannes à redescendre leurs troupeaux plus tôt que prévu. Ces désalpes anticipées ont parfois nécessité l’utilisation de réserves de fourrage destinées à l’hiver. Certaines exploitations ont également dû acheter des aliments supplémentaires. Les conséquences de la sécheresse peuvent ainsi se prolonger bien au-delà de l’été et fragiliser l’approvisionnement des troupeaux pendant l’hivernage.

De même, les épisodes de gel tardif et de grêle continueront de représenter des risques importants pour les cultures.

Irrigation des prairies et culture

Aujourd’hui, l’irrigation concerne notamment les fruits, les légumes, les baies et certaines grandes cultures. Elle peut également être nécessaire pour les prairies dans les régions particulièrement sèches.

Comment les exploitations agricoles s’adaptent

En Suisse, une grande partie des surfaces agricoles dépend directement des précipitations naturelles. Toutefois, les périodes de sécheresse et les besoins croissants en eau renforcent les défis liés à l’irrigation. Des conflits d’utilisation peuvent notamment apparaître lorsque les ressources en eau deviennent insuffisantes.

La tolérance et la résistance face à la canicule et à la sécheresse jouent désormais un rôle de plus en plus important dans le choix des cultures et des variétés. Les mesures pour protéger les sols ont aussi leur importance. Un sol sain et riche en humus présente une meilleure capacité de rétention d’eau et se dessèche moins vite.

La hausse des températures moyennes entraîne de nouveaux défis dans la protection des végétaux. En effet, certains insectes ravageurs profitent du réchauffement climatique: leur développement peut être accéléré et de nouvelles espèces originaires de régions plus chaudes peuvent s’établir en Suisse.

Les assurances contre la sécheresse et les autres phénomènes météorologiques constituent aussi une solution pour s’adapter au changement climatique. Leur coût et les conditions de couverture peuvent toutefois limiter leur intérêt économique selon les cultures et les exploitations.

Méthane, dioxyde de carbone et protoxyde d’azote

L’inventaire des gaz à effet de serre de la Suisse, publié par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) en avril 2026, présente les émissions nationales jusqu’en 2024. Dans le secteur agricole, les émissions proviennent principalement de la détention d’animaux de rente, de l’utilisation d’engrais et de la consommation énergétique.

Le méthane constitue une part importante des émissions agricoles. Il provient principalement de la digestion des ruminants, notamment des bovins, ainsi que de la gestion des engrais de ferme. Vient ensuite le protoxyde d’azote, qui se forme notamment lors de la décomposition des apports d’azote dans les sols agricoles. Ces apports comprennent notamment les engrais minéraux, les engrais de ferme et les résidus de récolte. Une partie des émissions provient également de la gestion des engrais de ferme.

Le protoxyde d’azote se forme quant à lui notamment de la consommation de carburant, de l’utilisation d’énergies fossiles pour certaines activités agricoles, ainsi que du chaulage et de la fertilisation à l’urée. Selon l’OFEV, il ne représente qu’une faible part des émissions directes du secteur agricole.

L’agriculture influence aussi le bilan carbone des sols, qui peuvent émettre ou absorber du CO₂ selon leur utilisation et leur gestion.

Les émissions liées aux produits importés

Le bilan climatique de notre alimentation ne se limite toutefois pas aux émissions produites en Suisse. Les denrées alimentaires importées génèrent également des émissions à l’étranger, lors de leur production, de leur transformation et de leur transport. Ces émissions ne figurent pas dans l’inventaire territorial suisse. Il est donc important de considérer l’ensemble de la chaîne alimentaire.

graphique 2026 sur la répartition des émissions de gaz à effet de serre de la Suisse par secteurs
Évolution des émissions de gaz à effet de serre de la Suisse depuis 1990 dans les secteurs définis dans l’ordonnance sur le CO2 (OFEV, 2026)
graphique de l'OFEV sur l'évolution des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’agriculture, selon une répartition par types de gaz : CH4, N2O et CO2.
Évolution des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’agriculture, selon une répartition par types de gaz : CH4, N2O et CO2 (OFEV, 2026)

L’agriculture suisse assume ses responsabilités

Comme elle est elle-même concernée par le changement climatique à bien des égards, l’agriculture suisse veut contribuer à l’amélioration du bilan climatique.

La Confédération a défini des objectifs dans sa Stratégie Climat pour l’agriculture et l’alimentation 2050. Celle-ci prévoit notamment de réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre de la production agricole suisse par rapport à 1990. Elle vise également à renforcer la capacité d’adaptation des exploitations aux changements climatiques.

La réduction des émissions agricoles représente toutefois un défi particulier, car une partie d’entre elles provient de processus biologiques naturels, notamment de la digestion des ruminants. Néanmoins, certaines mesures présentent un potentiel de réduction: l’amélioration de l’efficacité de la production, l’adaptation de l’alimentation des animaux, la gestion des engrais de ferme et la valorisation du méthane issu de leur fermentation dans des installations de biogaz pour produire de l’énergie.

La recherche étudie également différentes solutions pour réduire les émissions de méthane des ruminants, notamment à travers des adaptations de leur alimentation. Leur efficacité dépend toutefois des pratiques et des conditions de production.

Stocker le carbone dans les sols

L’agriculture peut aussi faire partie des solutions face au changement climatique. Au-delà de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les sols agricoles ont la capacité de stocker du carbone et de contribuer ainsi à la régulation du climat.

Comment les sols stockent-ils le carbone?

Tout commence par la photosynthèse. Les plantes absorbent le dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’atmosphère pour assurer leur croissance. Une partie du carbone capté se retrouve ensuite dans le sol, notamment grâce aux racines, aux résidus végétaux et à la décomposition de la matière organique.

Les organismes du sol participent à la transformation de cette matière organique. Parmi eux figurent les vers de terre, les champignons et les bactéries. Ce processus contribue notamment à la formation de l’humus, une matière organique issue de la décomposition et de la transformation des résidus végétaux et animaux. L’humus joue un rôle essentiel dans la fertilité du sol: il contribue à retenir l’eau et les éléments nutritifs, tout en participant au stockage du carbone.

Le sol joue ainsi un rôle de réservoir de carbone. En favorisant l’accumulation et la préservation de la matière organique, certaines pratiques agricoles peuvent contribuer à augmenter les quantités de carbone stockées.

Les explications en images!

Des pratiques agricoles favorables au climat

Les méthodes de production favorisant la formation et le maintien de l’humus peuvent contribuer au stockage du carbone dans les sols. Plusieurs pratiques permettent d’agir dans ce sens.

La couverture des sols par des engrais verts et des cultures intermédiaires favorise les apports de matière organique tout en limitant l’érosion. La réduction du labour, le maintien des résidus végétaux au sol et la diversification des rotations peuvent également contribuer à préserver le carbone déjà présent.

Les systèmes d’agroforesterie constituent une autre piste intéressante. En associant des arbres ou des haies aux cultures ou aux pâturages, ils permettent de stocker du carbone dans la végétation et peuvent favoriser les apports de matière organique au sol.

Ces pratiques présentent aussi d’autres avantages: elles peuvent améliorer la structure et la fertilité des sols, favoriser leur capacité de rétention d’eau et renforcer leur résistance aux épisodes de sécheresse. Elles contribuent ainsi à la fois à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation de l’agriculture à ses conséquences.

Un potentiel réel, mais pas illimité

Le stockage du carbone dépend toutefois de nombreux facteurs, notamment du type de sol, du climat et des pratiques agricoles. Il est également réversible: une modification des pratiques ou certaines perturbations peuvent entraîner la libération d’une partie du carbone stocké.

L’agriculture peut donc contribuer à la lutte contre le changement climatique en préservant et en augmentant les stocks de carbone dans les sols. Cette contribution vient compléter, et non remplacer, les efforts indispensables pour réduire les émissions de méthane, de protoxyde d’azote et de dioxyde de carbone.

Dans la production végétale, une fertilisation adaptée, des techniques d’épandage plus précises et des pratiques permettant de limiter les pertes d’azote participent également à la réduction des émissions de protoxyde d’azote.

Beaucoup d’initiatives en faveur du climat

En Suisse, de nombreuses initiatives visent à mettre en œuvre des mesures de protection du climat dans l’agriculture, tant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre que pour adapter les exploitations aux nouvelles conditions climatiques.

Agence du secteur agricole suisse active dans les domaines de l’énergie et de la protection du climat, AgroCleanTech a pour but de promouvoir une activité agricole qui préserve les ressources et le climat. Elle fournit des informations et des prestations concernant l’efficience énergétique, les énergies renouvelables et la protection du climat.

L’association Ökostrom Schweiz représente quant à elle les exploitations de biogaz agricole en Suisse et contribue à la valorisation énergétique des engrais de ferme.

AgroImpact

Créée en 2023, l’association AgroImpact accompagne les exploitations volontaires. Elle leur propose de réaliser un bilan carbone et d’élaborer un plan d’action personnalisé. D’autres initiatives accompagnent directement les familles paysannes dans l’évolution de leurs pratiques. L’objectif est de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer le stockage du carbone dans les sols. La démarche associe également des entreprises de la chaîne agroalimentaire, qui peuvent soutenir financièrement les mesures mises en place.

plan climat vaudois

À l’échelle cantonale, des programmes soutiennent également la transition climatique de l’agriculture. Dans le canton de Vaud, le Plan Climat vaudois prévoit notamment des contributions pour améliorer la fertilité des sols, encourager des cultures adaptées à la sécheresse, favoriser les échanges d’engrais de ferme et soutenir l’acquisition de machines agricoles utilisant des énergies alternatives aux combustibles fossiles. Il accompagne aussi la réalisation de diagnostics climatiques et de plans d’action au niveau des exploitations. D’autres cantons développent leurs propres stratégies et mesures climatiques, selon leurs priorités et leurs spécificités agricoles.

le projet RISC

L’adaptation aux risques climatiques fait aussi l’objet de projets de terrain. Dans le canton de Vaud, le projet RISC (Réflexion – Innovation – Soutien – Climat), soutenu notamment par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), accompagne les exploitations face aux sécheresses, aux fortes chaleurs et aux précipitations intenses. Il permet de tester des mesures pour stabiliser les rendements, améliorer l’autonomie fourragère, limiter l’érosion et renforcer la résilience des systèmes agricoles.

Climate Farm Demo

La recherche et les échanges d’expériences jouent également un rôle essentiel. Le projet européen Climate Farm Demo rassemble des fermes pilotes dans plusieurs pays européens, dont la Suisse. Il vise à expérimenter, démontrer et diffuser des pratiques agricoles favorables au climat. Les exploitations participantes peuvent partager leurs expériences et bénéficier d’un accompagnement pour mettre en œuvre des solutions adaptées à leurs conditions de production.

D’autres démarches en faveur du climat

De plus, différentes organisations de production, comme aaremilch et IP-Suisse, développent également des démarches visant à encourager des pratiques agricoles plus respectueuses du climat.

Ces initiatives s’inscrivent dans un cadre plus large, notamment celui de la Stratégie Climat pour l’agriculture et l’alimentation 2050. Son plan d’action prévoit 42 mesures à mettre en œuvre d’ici à 2030. Elles concernent l’ensemble de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation.

C’est aussi la demande qui détermine la production agricole. La réduction des émissions doit donc être envisagée à l’échelle de l’ensemble du système alimentaire, en tenant compte des produits importés et des habitudes de consommation. La population peut également contribuer à cet effort en privilégiant des produits locaux et de saison et en évitant le gaspillage alimentaire.

Sources et informations complémentaires:

L'agriculture suisse à l'ère du changement climatique, magazine zoom, union suisse des paysans

Si vous souhaitez approfondir le sujet du changement climatique, vous trouverez tout ce qu’il faut savoir dans le Magazine ZOOM: L’agriculture suisse à l’ère du changement climatique.