Bœuf suisse et or bleu: mise au point!

Bœuf suisse et or bleu: mise au point!

Faut-il réellement 15 000 L d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf? Ce chiffre souvent cité peut surprendre. Pourtant, il comprend principalement l’eau de pluie qui permet aux plantes de pousser et ne correspond pas à 15 000 L d’eau potable prélevée. Grâce à ses prairies naturellement alimentées par les précipitations, l’agriculture suisse dispose d’atouts pour produire des fourrages tout en limitant les besoins d’irrigation. Mais les épisodes de canicule et de sécheresse de l’été 2026 rappellent l’importance de préserver cette ressource. Alors, comment comprendre les chiffres et quelles solutions les exploitations agricoles mettent-elles en place?

Quel type d’élevage et quelLE production?

L’eau est indispensable à toute production alimentaire, qu’elle soit végétale ou animale. En Suisse, les législations sur l’environnement et l’agriculture règlent les pratiques agricoles en relation avec l’eau. Dans l’élevage en particulier, lorsqu’est abordé le thème de la consommation d’eau, il est important de distinguer les espèces animales et les systèmes de production. Les besoins ne sont pas identiques pour les moutons, les poules pondeuses, les bovins destinés à la production de viande ou les vaches laitières.

Les besoins en eau varient notamment selon le poids de l’animal, son alimentation, sa production de lait et les températures. À titre indicatif, une vache laitière peut boire entre 70 et 150 L d’eau par jour, tandis qu’un bovin destiné à la production de viande peut en consommer entre 35 et 75 L. Ces fourchettes ne constituent toutefois pas des valeurs fixes. Lors de fortes chaleurs, les besoins peuvent augmenter considérablement.

Ces quantités correspondent à l’eau directement bue par les animaux. Elles ne comprennent pas l’eau nécessaire à la production des fourrages, au nettoyage des installations ou aux autres activités de l’exploitation. Il est donc essentiel de préciser ce que l’on mesure avant de comparer la consommation d’eau des différentes productions agricoles.

D’où vient l’eau utilisée?

La Suisse bénéficie de ressources hydriques importantes, alimentées notamment par les précipitations, les cours d’eau, les lacs et les eaux souterraines. Cet environnement constitue un atout pour l’agriculture, particulièrement pour les exploitations qui valorisent les prairies naturelles.

En effet, une grande partie des fourrages consommés par les bovins suisses provient de surfaces herbagères alimentées directement par la pluie. Contrairement aux cultures qui nécessitent une irrigation régulière, ces prairies peuvent produire de l’herbe sans prélèvement systématique dans les réserves d’eau.

Cette caractéristique représente un avantage important de l’élevage suisse. Elle permet notamment de valoriser des surfaces qui ne se prêtent pas toujours à la culture de denrées alimentaires destinées directement à la consommation humaine.

Trois types d’eau à distinguer

Pour évaluer l’empreinte hydrique de la production bovine, les scientifiques distinguent généralement trois catégories d’eau:

  • L’eau verte: l’eau issue des précipitations, stockée dans les sols puis utilisée par les plantes avant de retourner dans l’atmosphère par évapotranspiration.
  • L’eau bleue: l’eau prélevée dans les rivières, les lacs ou les nappes souterraines, notamment pour l’abreuvement des animaux, l’irrigation et certaines opérations de nettoyage.
  • L’eau grise: un indicateur théorique qui représente le volume d’eau nécessaire pour diluer une pollution jusqu’à un niveau de qualité défini. Il ne s’agit pas d’un volume d’eau effectivement prélevé.

Dans l’élevage bovin, l’eau verte représente généralement la plus grande partie de l’empreinte hydrique. Autrement dit, une grande proportion de l’eau comptabilisée correspond à la pluie qui permet aux prairies et aux cultures fourragères de pousser.

Il serait donc trompeur d’assimiler l’ensemble de cette empreinte à une consommation d’eau potable.

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Les vaches mangent majoritairement de l’herbe et du foin qui sont irrigués naturellement par l’eau de pluie. Il n’y a donc que l’eau bleue et l’eau grise qui entrent en concurrence avec la consommation humaine. Source: Agridea, «Des faits sur l’empreinte écologique de la production bovine», p.11.

L’été 2026 rappelle l’importance de l’eau

Malgré ses ressources hydriques importantes, la Suisse n’est pas épargnée par les épisodes de sécheresse. L’été 2026 l’a particulièrement illustré, avec un manque de précipitations et plusieurs périodes de fortes chaleurs.

Selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), près de 40% des stations de mesure des débits ont enregistré de nouveaux records de basses eaux pour la période de juin à août. La sécheresse a également affecté les niveaux de certaines nappes souterraines.

Ces conditions ont eu des conséquences concrètes pour l’agriculture. Dans certaines régions, les restrictions de prélèvement ont limité les possibilités d’irrigation. Sur les alpages, le manque d’eau et de fourrage a parfois nécessité une descente anticipée des troupeaux.

Ces épisodes montrent que les précipitations constituent une ressource précieuse pour les exploitations d’élevage. Ils soulignent également l’intérêt des solutions développées par les familles paysannes pour stocker l’eau et adapter les pratiques agricoles.

15 000 L ou 550 à 750 L d’eau pour 1 kg de viande?

Vous avez peut-être déjà entendu qu’il faudrait 15 000 L d’eau, soit 15 m³, pour produire un kilo de viande de bœuf. Mais d’où vient ce chiffre?

Cette estimation provient de travaux scientifiques sur l’empreinte hydrique mondiale des produits agricoles. Une étude publiée en 2012 par Mekonnen et Hoekstra évalue l’empreinte hydrique moyenne de la viande bovine à environ 15’400 L par kilo.

Ce chiffre est scientifiquement fondé, mais il est souvent mal interprété. Il ne correspond pas à 15 400 L d’eau potable consommée par un bovin. Il additionne trois catégories d’eau dont les caractéristiques et les conséquences environnementales sont différentes.

Selon cette étude, l’eau verte représente ainsi environ 94% de l’empreinte hydrique totale. L’eau bleue n’en constitue qu’environ 3,6%.

Cela change considérablement la manière d’interpréter les 15’000 L souvent évoqués dans les débats sur l’élevage. La majeure partie de ce volume correspond à l’eau de pluie utilisée par les végétaux et non à de l’eau prélevée dans les rivières, les lacs ou les nappes souterraines.

Le chiffre de 550 L d’eau bleue par kilo correspond toutefois à une moyenne mondiale. Il ne doit pas être présenté comme une mesure précise de la viande bovine produite en Suisse. Les besoins varient selon l’origine des fourrages, les pratiques d’irrigation et les conditions climatiques.

La production suisse présente néanmoins un atout: les prairies naturellement alimentées par les précipitations occupent une place importante dans l’alimentation des bovins. Elles contribuent à limiter les besoins d’irrigation des fourrages dans de nombreuses exploitations.

Pour mieux comprendre: douche, bain et lessive

Quelques exemples de la vie quotidienne permettent de se représenter les volumes d’eau:

  • 60 L: douche courte
  • 40 – 60 L: Cycle de machine à laver
  • 150 – 200 L: Bain

En Suisse, les ménages utilisent en moyenne environ 140 L d’eau potable par personne et par jour. Lorsque l’on rapporte l’ensemble de l’eau potable distribuée, y compris pour les activités économiques, à la population, le volume atteint près de 300 L par personne et par jour. Ces comparaisons sont utiles pour visualiser les quantités. Elles ne permettent toutefois pas de comparer directement l’eau du robinet avec l’eau de pluie comptabilisée dans l’empreinte hydrique de la viande bovine.

Pour mesurer l’impact réel d’une production agricole, il faut également tenir compte de la disponibilité de l’eau dans la région concernée. Un prélèvement dans une région humide n’a pas nécessairement les mêmes conséquences qu’un prélèvement effectué pendant une sécheresse.

Pistes d’amélioration dans les élevages

Les épisodes de canicule et de sécheresse de l’été 2026 ont mis en évidence les défis auxquels l’agriculture suisse doit faire face. Entre l’abreuvement des animaux, la production de fourrages et les restrictions d’irrigation, les exploitations doivent adapter leurs pratiques pour préserver les ressources en eau.

Les familles paysannes disposent de plusieurs leviers pour réduire les prélèvements, éviter le gaspillage et sécuriser l’approvisionnement pendant les périodes sèches.

Selon une étude d’Agroscope publiée en 2025, les volumes d’eau utilisés pour l’irrigation agricole en Suisse ont été estimés à:

  • 2021: 9,5 millions de m³
  • 2022: 41 millions de m³
  • 2023: 31 millions de m³

Ces différences illustrent l’influence des conditions météorologiques sur les besoins d’irrigation. Elles concernent l’ensemble de l’agriculture suisse et non uniquement l’élevage.

Les cultures maraîchères, les cultures fruitières et les surfaces herbagères figurent parmi les productions qui peuvent nécessiter des volumes importants d’irrigation. Les besoins varient notamment selon les régions, les sols et les précipitations.

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Adapter les cultures fourragères

Adapter les cultures fourragères

Une première solution consiste à sélectionner des cultures fourragères mieux adaptées aux périodes de sécheresse. En Suisse, le maïs est notamment cultivé pour l’alimentation animale. Selon les régions et les conditions météorologiques, sa production peut nécessiter une irrigation complémentaire.

La recherche agricole étudie donc des alternatives et des associations végétales capables de mieux supporter le manque d’eau. Certaines graminées et légumineuses présentent notamment des caractéristiques intéressantes pour maintenir la production de fourrage pendant les périodes sèches.

Agroscope mène des recherches sur des mélanges de trèfles et de graminées adaptés aux nouvelles conditions climatiques. Ces travaux visent à identifier des compositions capables de maintenir des rendements satisfaisants malgré des précipitations irrégulières.

Les exploitations peuvent également améliorer la capacité de leurs sols à retenir l’eau. Le maintien d’une couverture végétale, la préservation de la matière organique et la limitation du tassement contribuent à favoriser l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols.

Ces pratiques permettent de renforcer la résilience des surfaces agricoles et de limiter, lorsque les conditions le permettent, le recours à l’irrigation.

Stocker l’eau de pluie

Une autre solution consiste à récupérer et à stocker l’eau de pluie pour l’utiliser lorsque les précipitations sont insuffisantes. Les exploitations peuvent notamment installer des citernes reliées aux toitures ou aménager des bassins de stockage adaptés à leurs besoins.

Cette pratique présente un intérêt particulier pour les exploitations d’élevage. L’eau récupérée peut, lorsque sa qualité le permet, servir à l’abreuvement des animaux ou à certaines activités agricoles. Elle contribue ainsi à réduire la dépendance aux réseaux d’approvisionnement et aux prélèvements dans les ressources naturelles.

Sur les alpages, des retenues d’eau peuvent notamment permettre de sécuriser l’approvisionnement des troupeaux pendant l’été.

Certaines exploitations aménagent des étangs ou des bassins capables de recueillir les précipitations et l’eau issue de la fonte des neiges. Cette eau peut ensuite être mobilisée pendant les périodes où les sources et les cours d’eau ne suffisent plus à couvrir les besoins des troupeaux.

Ces installations représentent un investissement, mais elles peuvent contribuer à maintenir l’activité pastorale pendant les étés secs. Leur réalisation doit toutefois respecter les exigences de protection des eaux et des milieux naturels.

Utiliser l’eau plus efficacement

Certaines exploitations réfléchissent également, lorsqu’elles utilisent l’eau du réseau, à limiter les prélèvements et à optimiser les opérations de nettoyage.

Par exemple, sur une exploitation laitière, l’eau utilisée pour certaines étapes de rinçage peut être récupérée pour des usages qui ne nécessitent pas une qualité d’eau potable, comme le nettoyage préalable de certains sols. Cette réutilisation doit respecter les exigences d’hygiène applicables à la production laitière.

D’autres mesures simples permettent d’éviter les pertes: entretenir régulièrement les abreuvoirs, contrôler les conduites, détecter rapidement les fuites et utiliser des équipements de nettoyage économes.

L’objectif n’est évidemment pas de réduire l’eau disponible pour les animaux. Leur abreuvement doit rester suffisant en toutes circonstances, particulièrement lors des fortes chaleurs. Il s’agit plutôt d’éviter les consommations inutiles et d’utiliser chaque ressource de manière adaptée.

Les nouvelles technologies offrent également des perspectives. Dans son programme de recherche 2026–2029, Agroscope prévoit notamment de travailler sur l’utilisation efficiente de l’eau, les capteurs et les outils d’aide à la décision pour mieux adapter l’irrigation aux besoins des cultures.

Une agriculture suisse qui valorise les ressources naturelles

Grâce à ses prairies naturellement alimentées par les précipitations, la Suisse dispose d’atouts pour produire de la viande bovine en limitant les besoins d’irrigation des fourrages. L’élevage permet également de valoriser des surfaces herbagères qui ne peuvent pas toujours être utilisées pour produire directement des aliments destinés à la consommation humaine.

Le chiffre de 15’000 L d’eau pour un kilo de viande bovine doit donc être interprété avec précaution. Il correspond à une empreinte hydrique mondiale qui comprend principalement de l’eau de pluie. Il ne représente pas 15’000 L d’eau potable prélevée pour produire un kilo de viande suisse.

Les épisodes de sécheresse rappellent néanmoins que l’eau reste une ressource précieuse. En adaptant les cultures fourragères, en récupérant les précipitations et en améliorant la gestion des installations, les familles paysannes contribuent à préserver cette ressource tout en assurant la production alimentaire.

L’enjeu consiste à poursuivre ces efforts et à valoriser les caractéristiques de l’agriculture suisse, tout en s’adaptant aux défis climatiques des prochaines années.

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