Traitement par hélicoptère: les réponses à vos interrogations

Traitement par hélicoptère: les réponses à vos interrogations
Pierre-Yves Felley, Directeur de la CVA, Chambre valaisanne d'agriculture

Interview de Pierre-Yvey Felley, Directeur de la Chambre valaisanne d’agriculture

Un récent article sur le blog d’Agriculture Durable consacré au traitement des vignes par hélicoptère a surpris, voire choqué certains lecteurs, qui l’ont exprimé, parfois avec virulence, sur les réseaux sociaux. Auteur de ce texte, spécialiste du sujet et directeur de la Chambre valaisanne d’agriculture, Pierre-Yves Felley répond aux critiques.

Pierre-Yves Felley, avez-vous été surpris par cette avalanche de commentaires négatifs, parfois violents?

Pas vraiment. Je sais que l’utilisation d’un hélicoptère pour traiter une culture suscite des interrogations et un rejet spontané. Mais ces réactions sont rarement motivées par des arguments rationnels et le rejet est d’ordre émotionnel. Un hélicoptère qui survole une ville en pleine nuit est associé immédiatement au transport de blessés vers un hôpital: le ressenti de la population est positif malgré les désagréments dus au bruit. Le même hélicoptère qui survole un village le matin pour protéger des vignes, est perçu comme un importun qui trouble le sommeil de la population. De plus, systématiquement, les médias illustrent par une photo de traitement par hélicoptère des questions en lien avec la protection des cultures. Une polémique avec le glyphosate? On y voit un hélicoptère: aberration totale puisqu’il s’agit d’un herbicide et que l’application d’herbicide par hélicoptère n’a jamais été autorisée. La mort des abeilles à cause d’un insecticide? Rebelote, l’hélicoptère y est mêlé: désinformation, car l’application d’insecticide par voie aérienne n’a jamais été autorisée. Ces raccourcis mensongers ont fini par ternir l’image de cette machine qui est en fait un tracteur à rotor.

Mais n’est-ce pas le signal que la population ne veut plus ce type d’approche culturale et qu’il faut passer à autre chose?

Cette technique d’application est utilisée en Suisse depuis plus de 40 ans. C’est la méthode de traitement la plus encadrée et la plus contrôlée: pas moins de six offices fédéraux sont consultés pour délivrer les autorisations. Le risque principal consiste dans la dérive du produit qui est plus importante que lors d’un traitement effectué depuis le sol. Par conséquent, depuis le début des applications aériennes en Suisse, une distance de sécurité est imposée, de sorte que la dérive hors de la zone traitée ne soit pas plus élevée que si le traitement avait été opéré depuis le sol. L’autre désagrément provient du bruit de la machine: on traite dès 6 heures du matin pour profiter de l’humidité et des températures encore fraîches, favorables au bon dépôt du produit sur le végétal. Ce défaut est en passe de se réduire grâce à l’utilisation d’une nouvelle génération d’hélicoptères. Il faut opposer ces limites aux avantages de cette technique. L’hélicoptère est engagé dans des terrains escarpés et pentus dans lesquels l’utilisation d’engins motorisés soit est impossible, soit met en danger la vie du viticulteur. Il remplace donc l’humain pour exécuter un travail pénible, dangereux, mais indispensable. Il faut avoir soi-même traité une vigne pentue avec un atomiseur de 35 kilos sur le dos pour mesurer la pénibilité de cette tâche. Je le répète: c’est une véritable torture physique.

Il est vrai que quand on lit ces commentaires, on sent que ce qui coince, c’est l’association bio/hélico, autrement dit méthode naturelle de production et « monstre » extrêmement pollueur. Étiez-vous sûr de votre coup quand vous avez titré «Les traitements par hélicoptère contribuent à la culture biologique»?

La viticulture biologique n’est pas une non culture. En production biologique comme en production raisonnée, il y a toujours des traitements. De plus en plus de viticulteurs sont prêts à exploiter leur domaine en culture biologique. Un des obstacles à franchir consiste à protéger efficacement les vignes contre les maladies fongiques. Les produits phytosanitaires autorisés en culture biologique ont un effet protecteur plus court que les produits issus de la chimie de synthèse, car ils sont lessivés par les pluies et détruits par le rayonnement lumineux. Ils doivent être appliqués plus souvent et il faut donc traiter régulièrement de mi-mai à mi-août pour que le mildiou ou l’oïdium ne détruisent pas la vendange. La fréquence des traitements depuis le sol devient ingérable dans les vignobles non mécanisables. L’hélicoptère offre une alternative pour y traiter les vignes cultivées en bio. De fait, nombreux sont les groupements hélico qui renoncent à la chimie de synthèse. Quant à la pollution, il faut examiner la situation dans son ensemble. Un hélicoptère traite des zones de 10 à 70 hectares regroupant les parcelles de plusieurs centaines de viticulteurs. Le travail est confié à une équipe au sol d’une dizaine de personnes, ce qui optimise les processus, depuis le choix des produits jusqu’au recyclage des restes de bouillie de traitement. Sans l’hélicoptère, chacun des centaines de vignerons doit aller acheter ses produits, préparer son mélange, aller sur ses parcelles, les appliquer avec un atomiseur ou des tuyaux, évacuer ses emballages et ses restes de produits. Ceci occasionne d’innombrables transports, prolonge les périodes de bruit, augmente les risques de mauvais choix de produits ou de surdosage.

Visiblement, votre message a mal été compris. Voyez-vous une manière de le formuler différemment?

Le mieux, c’est de découvrir par soi-même la réalité des traitements aériens. Les personnes intéressées peuvent me contacter par courriel à direction@agrivalais.ch. Je leur organiserai une visite d’un groupement de traitement par hélicoptère. Mais il faudra se lever tôt et s’équiper en conséquence!

Le monde viticole, voire agricole en général, est-il réellement à la botte de l’industrie chimique?

Non. L’agriculture utilise les agents de production nécessaires pour cultiver des plantes et élever des animaux. S’agissant spécifiquement des produits phytosanitaires, les agriculteurs les choisissent librement parmi ceux qui sont homologués par les autorités. Leur choix est motivé par les besoins spécifiques de leurs cultures, les exigences légales imposées par la politique agricole fédérale, l’orientation de leur production. Il n’y a ni lien direct, ni relation de subordination entre un agriculteur et une firme agrochimique.

Pierre-Yves Felley, avez-vous des actions dans Air-Glaciers, pour défendre ainsi le traitement par hélicoptère?

(rires) Je ne suis pas actionnaire d’Air-Glaciers SA. En revanche, j’ai déjà traité à l’atomiseur une vigne plantée sur un terrain incliné à 60%. Je ne souhaite cette tâche à personne. Je suis heureux que l’hélicoptère propose une alternative crédible et biocompatible à tous les viticulteurs confrontés à une telle situation.

Propos recueillis par Grégoire Nappey, responsable communication de Prométerre, Association vaudoise de promotion des métiers de la terre.

En découvrir plus: