Glyphosate et chlorothalonil: et si on en restait aux faits?

Glyphosate et chlorothalonil: et si on en restait aux faits?

Utilisés pour protéger les cultures, le glyphosate et le chlorothalonil font régulièrement l’objet de débats concernant leurs effets sur la santé et l’environnement. Pourtant, ces deux substances ont des usages et des statuts réglementaires différents en Suisse. Pourquoi le glyphosate reste-t-il utilisé? Pourquoi le chlorothalonil a-t-il été interdit? Faisons le point sur leurs caractéristiques, leurs risques et les mesures de protection mises en place.

Le glyphosate, un outil pour limiter le travail du sol

Le glyphosate est un herbicide qui fane les végétaux. Il agit sur les plantes en bloquant une enzyme indispensable à leur croissance. Une fois dans le sol, il se fixe fortement aux particules et se dégrade progressivement sous l’action des micro-organismes. Sa persistance varie notamment selon les conditions environnementales. En Suisse, son utilisation agricole est encadrée et concerne principalement la destruction des adventices («mauvaises herbes») et de certains couverts végétaux. Il ne peut pas être utilisé librement sur les cultures en croissance.

Sans glyphosate, la préparation du sol peut nécessiter davantage d’interventions mécaniques, notamment pour maîtriser les adventices avant les semis. Le labour et certains passages d’outils agricoles peuvent toutefois perturber la structure du sol, favoriser l’érosion et augmenter la consommation de carburant. D’autres méthodes, comme les rotations culturales, les couverts végétaux et le désherbage mécanique, permettent également de limiter le recours aux herbicides.

Le glyphosate peut ainsi être utilisé dans certains systèmes d’agriculture dite de conservation, qui cherchent notamment à réduire le travail du sol, à maintenir une couverture végétale et à diversifier les cultures. Son utilisation présente néanmoins des enjeux environnementaux et doit être évaluée au regard des alternatives disponibles.

Des évaluations scientifiques différentes

Les effets du glyphosate sur la santé font l’objet d’évaluations scientifiques depuis plusieurs décennies. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’a classé comme «probablement cancérogène pour l’être humain». De leur côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) n’ont pas retenu de classification cancérogène sur la base de leurs évaluations réglementaires.

Cette différence s’explique notamment par les méthodes d’évaluation: le CIRC cherche à déterminer si une substance peut provoquer un cancer dans certaines circonstances, tandis que les autorités réglementaires examinent également les risques associés aux expositions et aux utilisations évaluées.

Dans l’Union européenne, l’approbation du glyphosate a été renouvelée jusqu’au 15 décembre 2033, sous conditions. En Suisse, les produits qui en contiennent restent soumis à une homologation et à des restrictions d’utilisation.

Le chlorothalonil, un fongicide interdit en Suisse

Le chlorothalonil est un fongicide qui a été utilisé pendant plusieurs décennies pour protéger différentes cultures, notamment les céréales, les pommes de terre et certains légumes, contre les maladies provoquées par des champignons. Son utilisation est interdite en Suisse depuis le 1er janvier 2020.

Cette interdiction fait suite à une réévaluation de la substance et aux préoccupations concernant ses effets potentiels sur la santé, ainsi que la présence de ses produits de dégradation, appelés métabolites, dans les eaux souterraines.

Le chlorothalonil se dégrade dans l’environnement en plusieurs métabolites, dont certains peuvent persister et atteindre les ressources utilisées pour produire de l’eau potable. C’est pourquoi des traces sont encore détectées plusieurs années après son interdiction.

Pourquoi le seuil de 0,1 µg/l est-il important?

En Suisse, la valeur maximale applicable aux métabolites pertinents du chlorothalonil dans l’eau potable est de 0,1 microgramme par litre (µg/l). Il s’agit d’une valeur réglementaire de précaution et non d’un seuil à partir duquel un effet toxique apparaîtrait automatiquement. Son dépassement constitue néanmoins une non-conformité qui nécessite des mesures de la part des distributeurs d’eau.

Le chlorothalonil a une limite de détection mal comprise.
(Infographie: Stéphanie Wauters / Source: Agriculture Durable)

Les techniques d’analyse actuelles permettent de détecter des concentrations extrêmement faibles. Toutefois, la capacité de mesurer ces substances ne suffit pas, à elle seule, à déterminer leur dangerosité. L’évaluation des risques doit également tenir compte de leurs propriétés toxicologiques et des niveaux d’exposition.

Selon les données de surveillance des eaux souterraines publiées par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) en 2026, les métabolites du chlorothalonil restent un enjeu important pour la qualité de l’eau en Suisse. Leur présence illustre la nécessité de prévenir les pollutions à la source, même lorsqu’une substance n’est plus autorisée.

Des pratiques agricoles encadrées et en évolution

Les professionnels de la terre jouent un rôle essentiel dans la production d’aliments et la préservation des ressources naturelles. La protection des cultures répond à plusieurs objectifs. Elle doit assurer les récoltes, préserver les sols et protéger la biodiversité. Elle doit aussi limiter les risques pour la santé et l’environnement.

En Suisse, les autorités réglementent l’utilisation des produits phytosanitaires. Elles évaluent les substances et autorisent les produits selon des conditions précises. Les exploitations doivent notamment respecter les dosages, les périodes d’application et les distances de sécurité.

Les agricultrices et agriculteurs disposent aussi de plusieurs méthodes pour protéger leurs cultures. La rotation, le choix des variétés et les mesures préventives contribuent à limiter les maladies et les ravageurs. La lutte biologique et les interventions mécaniques peuvent également réduire le recours aux traitements chimiques.

L’objectif des familles paysannes suisses reste de produire des aliments sains et de qualité. Elles doivent aussi maintenir des exploitations économiquement viables. Leurs pratiques évoluent avec la recherche, la réglementation et les expériences acquises sur le terrain.

Pour comprendre les enjeux phytosanitaires, il faut donc examiner les avantages et les limites de chaque méthode. Il faut également considérer leurs effets potentiels sur la santé et l’environnement. Une information fondée sur les connaissances scientifiques permet d’aborder ces questions avec nuance.

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