Avec le climat, pour le meilleur comme pour le pire

Les familles paysannes travaillent dans et avec la nature. Aussi sont-elles particulièrement conscientes du changement climatique. Au cours de ces dernières années, celui-ci s’est manifesté entre autres par des étés très chauds et, de manière générale, par la recrudescence des extrêmes météorologiques, comme les tempêtes, la grêle et les précipitations abondantes. Or, il se trouve que les gaz qu’émet la Suisse et qui ont une incidence sur le climat sont imputables à 13,2 % au secteur agricole.

Les répercussions négatives l’emportent sur le long terme

Le secteur agricole suisse pourra profiter en partie du changement climatique. La hausse des températures et le prolongement des périodes de végétation permettront de mettre en place de nouvelles cultures, comme le soja, les patates douces ou le riz. Néanmoins, les effets négatifs l’emporteront de manière générale. À titre d’exemple, le besoin en irrigation non seulement des fruits et des légumes, mais aussi des pommes de terre, des betteraves sucrières et autres ira croissant. De plus, le radoucissement des hivers sera de mauvais augure pour les céréales d’automne, car leur développement dépend de périodes de froid suffisamment longues. Qui plus est, le pullulement des ravageurs se verra favorisé. Pendant les étés secs, l’affourragement pourrait se retrouver de plus en plus souvent compromis. De même, la plus grande fréquence des gels tardifs et de la grêle accroîtra le risque de production.

Aujourd’hui sont notamment irrigués les fruits, les légumes, les baies et, dans les vallées méridionales, les prairies.

Comment les agriculteurs vont (devoir) s’adapter

À l’heure actuelle, la pluie arrose déjà 95 % des terres agricoles. Les agriculteurs n’irriguent donc qu’à peine 5 % de la totalité. Cependant, des conflits d’utilisation et une diminution des ressources deviennent monnaie courante, notamment dans les régions du Plateau dominées par une agriculture intensive. La tolérance et la résistance face à la canicule et à la sécheresse jouent désormais un rôle de plus en plus prépondérant dans le choix des cultures et des variétés. Les mesures pour protéger les sols ont aussi leur importance. Un sol sain et riche en humus présente une meilleure capacité de rétention d’eau et se dessèche moins vite. La hausse prévue des températures moyennes entraîne de nouveaux défis dans la protection des végétaux. En effet, ce sont principalement les insectes ravageurs qui profitent du réchauffement planétaire : ils se reproduisent de manière plus rapide et un nombre croissant d’espèces originaires de contrées plus chaudes font leur apparition. Les assurances contre la sécheresse et les autres extrêmes météorologiques constituent aussi une solution pour s’adapter au changement climatique. Pour l’instant, ces assurances sont chères et ne valent la peine d’être souscrites que dans le cadre de cultures permettant de créer une valeur ajoutée importante.

Part de l’agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre en Suisse et répartition de ces émissions dans le secteur agricole (source : OFEV, 2019)

Méthane, dioxyde de carbone et protoxyde d’azote

À l’heure actuelle, l’agriculture participe à raison de 13,2 % à l’émission totale de gaz à effet de serre en Suisse. Près de la moitié de ces émissions agricoles sont constituées du méthane que rejettent les herbivores, telles que les vaches, en pétant et en rotant. Vient ensuite le protoxyde d’azote, qui se forme après l’entreposage d’engrais de ferme ou qui s’échappe du sol. Le dioxyde de carbone provient de la consommation de carburant et s’échappe aussi du sol. Néanmoins, plus de la moitié des gaz que rejette le secteur agroalimentaire suisse et qui ont une incidence sur le climat sont émis à l’étranger. Cette réalité s’explique par la croissance constante des importations en aliments par habitant. Entre 1990 et aujourd’hui, ces importations ont augmenté de 40 %.

L’agriculture suisse assume ses responsabilités

Comme elle est elle-même concernée par le changement climatique à bien des égards, l’agriculture suisse veut contribuer à l’amélioration du bilan climatique. Dans ce cadre, elle est sur la bonne voie. Depuis 1990, ses émissions de gaz à effet de serre ont en effet baissé de plus de 11 %. Celles dues à la consommation de carburant ont même reculé de plus de 20 %. Les processus biologiques naturelles qui font que les vaches pètent et rotent ne se laissent pas réduire au bon vouloir des agriculteurs. Néanmoins, certaines mesures recèlent un potentiel indéniable : une production de lait plus importante chez les vaches laitières et allaitantes améliore le bilan de méthane par animal ; les compléments alimentaires tels que les graines de lin inhibent la formation de méthane ; il est possible d’utiliser le méthane découlant de la fermentation du fumier et du lisier dans des installations de biogaz pour produire de l’électricité.

Les systèmes d’agroforesterie pourraient être une piste à explorer.

Stocker le dioxyde de carbone dans les sols

Dans la production végétale, des engrais inhibant la nitrification et un épandage plus précis contribuent à la réduction des émissions de protoxyde d’azote. Les méthodes de production où la formation d’humus permet de stocker le dioxyde de carbone dans le sol représentent aussi un fort potentiel. Les systèmes d’agroforesterie constituent de nouvelles pistes à explorer. Dans ces systèmes cohabitent plantes ligneuses et plantes cultivées. Recouvrir le sol d’engrais vert de manière permanente favorise la formation d’humus et prévient les pertes dues à l’érosion. La réduction du labour, l’épandage de résidus végétaux et la mise en place d’une végétalisation intermédiaire contribuent aussi à atteindre ces objectifs.

À partir du fumier et du lisier, les installations de biogaz permettent de fabriquer du courant vert et du compost de grande qualité.

Beaucoup d’initiatives

En Suisse, il existe de nombreuses initiatives visant à mettre en œuvre des mesures de protection du climat dans l’agriculture. Agence du secteur agricole suisse active dans les domaines de l’énergie et de la protection du climat, AgroCleanTech a pour but de promouvoir une activité agricole qui préserve les ressources et le climat. Elle fournit un service d’intermédiaire et d’information concernant l’efficience énergétique, les énergies renouvelables et la protection du climat. Association sectorielle des exploitants d’installations de biogaz agricole en Suisse, Ökostrom Schweiz est un autre acteur important. De plus, différentes organisations de producteurs comme aaremilch et IP-Suisse ont lancé des programmes auxquels les exploitations peuvent participer à titre volontaire et dans le cadre desquels elles s’engagent à réduire à moyen terme leurs émissions de gaz à effet de serre.

C’est la demande qui détermine la production agricole. La réduction du nombre d’animaux en raison de leurs émissions de méthane ne fera pas de bien au climat si la viande continue d’être importée. Les consommateurs ont toutes les cartes en main pour acheter des produits locaux et de saison, et éviter le gaspillage alimentaire.

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